Qui sont les héritiers des chrétiens de gauche ?

agrandir De gauche à droite : Christine Pedotti ; Dominique Potier ; François Mandil ; Patrice Obert ; Régis Passerieux.
De gauche à droite : Christine Pedotti ; Dominique Potier ; François Mandil ; Patrice Obert ; Régis Passerieux.
De gauche à droite : Christine Pedotti ; Dominique Potier ; François Mandil ; Patrice Obert ; Régis Passerieux.
De gauche à droite : Christine Pedotti ; Dominique Potier ; François Mandil ; Patrice Obert ; Régis Passerieux.

Discrets, sans mettre leur foi en avant, ces héritiers du christianisme social ne forment pas un groupe homogène mais sont engagés de plain-pied dans la société. Pèlerin explore leur galaxie à la veille de la primaire de la gauche.

À propos de l'article

  • Publié par :Agnès Chareton
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    6999 du 19 janvier 2017

"Non, tous les chrétiens ne votent pas à droite !" Tel est le « coup de gueule » poussé par des catholiques de gauche après la très large victoire remportée par François Fillon à l’issue de la primaire de la droite et du centre, en novembre dernier. Un succès que les médias ont, pour partie, attribué à la mobilisation des catholiques, décrits comme conservateurs et proches de la Manif pour tous. Pour Christine Pedotti, directrice du mensuel Témoignage chrétien, c’en est trop. Les chrétiens de gauche, toujours présents dans les paroisses, sont devenus inaudibles, constate-t-elle, amère, dans une interview accordée à l’agence Apic : « Je nous accuse de naïveté et de paresse ! » À la veille de la primaire de la gauche, les 22 et 29 janvier prochains, et alors que le troisième et dernier débat confrontant les sept candidats (lire Pèlerin n° 6997) se déroule ce jeudi 19, la question se pose : où sont passés les catholiques « de gauche » ?

gauche

L’âge d’or des « chrétiens de gauche », ces militants formés par l’Action catholique (AC), la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) ou la CFDT, qui contribuèrent à l’élection de François Mitterrand en 1981, est certes révolu. « De gauche chrétienne visible et agissante en politique, il n’y en a plus », concluent Denis Pelletier et Jean-Louis Schlegel dans leur ouvrage de référence À la gauche du Christ*. Jacques Delors et Michel Rocard, figures de référence du christianisme social, n’ont pas eu d’héritiers. Toutefois, « s’il n’existe plus de cathos de gauche, il y a encore des cathos à gauche », insiste l’historien Vincent Soulage, qui prépare une thèse sur le sujet.

Une génération très engagée dans la vie associative

Selon l’enquête Bayard-Ipsos que notre hebdomadaire vient de publier, un bon quart des chrétiens « engagés » apportent aujourd’hui leurs suffrages à la gauche. Pour Vincent Soulage, ils font partie de « cette génération de retraités disponibles », très engagés dans les paroisses et la vie associative, notamment au CCFD-Terre solidaire ou au Secours catholique. S’ils ont su transmettre à leur descendance ce goût pour l’engagement, bon nombre, qui se sont éloignés de l’Église, n’ont en revanche pas transmis leur foi, constate-t-il. « C’est la génération du grand décrochage. »

Il n’empêche, de nouveaux réseaux de chrétiens ont émergé ces dernières années à gauche, notamment lors des débats sur le mariage pour tous. Ils ne se positionnent plus seulement en fonction du vieux clivage droite/gauche mais aussi autour des questions sociétales, « devenues de vrais marqueurs politiques », selon Vincent Soulage. Ainsi, les Poissons roses – un mouvement politique au sein du PS – s’opposent au mariage homosexuel et à la gestation pour autrui (GPA), tout en militant pour la « justice sociale », la réglementation de la finance et l’écologie.

Proches d’eux, le cercle de réflexion Esprit civique, cofondé par Dominique Potier, député PS de Meurthe-et-Moselle, se nourrit du personnalisme d’Emmanuel Mounier pour renouveler le débat d’idées à gauche. Inclassables, les jeunes rédacteurs de la revue Limite – qui revendique quelque 3 000 lecteurs depuis son lancement en 2015 – tentent de faire la synthèse entre décroissance, défense de la famille traditionnelle et critique du transhumanisme, autour de la notion « d’écologie intégrale ».

Inspirés par la pensée du sociologue et théologien Jacques Ellul ou du penseur Ivan Illich, des chrétiens écolos militent dans les rangs d’Europe Écologie Les Verts (EELV). C’est le cas de François Mandil, catholique et ancien conseiller municipal de
Pontarlier (Doubs), actuellement engagé dans la campagne de l’eurodéputé Yannick Jadot, candidat d’EELV à la présidentielle. Le jeune homme, marqué par le scoutisme, une expérience de « fauchage d’OGM » et la lecture de Laudato si’, défend un projet de société « où ce qui prime, ce n’est ni la consommation ni la croissance, mais l’harmonie entre les humains et leur environnement naturel ».

S’ils ne forment pas une galaxie homogène, les chrétiens sociaux ont cependant en commun de refuser qu’on leur colle l’étiquette « cathos de gauche ». « Nous ne voulons pas être mis dans une case », justifie Patrice Obert, le président des Poissons roses. Le mouvement, qui n’est pas parvenu à qualifier son candidat, Régis Passerieux, à la primaire de la gauche, faute d’avoir pu réunir les parrainages nécessaires, se sent marginalisé au sein d’un PS hermétique à la spiritualité. Pour François Mandil, si ces chrétiens n’aiment pas mettre en avant leurs convictions religieuses dans la sphère politique ou associative, c’est aussi parce qu’ils ne vivent pas leur enracinement dans le christianisme comme une identité. « Ils sont moins visibles, c’est vrai, mais ils ont une vraie vitalité ! » b
* Éd. Seuil, 2012, 752 p. ; 12,30 €

Vos commentaires

7 Commentaires Réagir

Héritiers ?

JLV 22/01/2017 à 20:36

Il me semble que vous avez raison de qualifier d'"inclassables" les rédacteurs de la revue "Limite", de là à les évoquer dans un article sur les héritiers des chrétiens de gauches...

Ils sont toujours là !

Bruno ANEL 22/01/2017 à 18:48

Les chrétiens de gauche sont toujours là, c'est la gauche qui n'y est plus. Ils ont eté nombreux à s'engager quand on pouvait espérer répartir les fruits de la croissance avec plus de justice. Maintenant, la croissance est en berne, la gauche ne ... lire la suite

Je n'en suis plus....de gauche

Frédéric 21/01/2017 à 11:27

Je ne suis plus de gauche ; au fil du temps j'ai perçu qu' une partie des grands personnages politiques de gauche n'aimaient pas les Chrétiens et que l'autre partie les détestait franchement au point de favoriser une solide implantation de l'islam ... lire la suite

Chrétiens de gauche

jean gauci 20/01/2017 à 13:05

Etre chrétien c'est avoir le sens du bien commun. L'étiquette importe peu. Mais si être d'un parti, c'est se soumettre à toutes les orientations du parti, alors il vaut mieux garder sa liberté et soutenir les actions utiles au bien commun sans se ... lire la suite

heritiers des chrétiens de gauche

U CUNFRATERNU 19/01/2017 à 22:32

Lorsqu'on est Chrétien on n'est ni de droite ni de gauche. Par contre notre sensibilité peut être d'un coté ou de l'autre à condition d'être en phase avec notre appartenance à la religion Chrétienne. Par exemple comment un communiste qui adhère à ... lire la suite

quelle époque !

philippevinsonneau 18/01/2017 à 23:17

Mais enfin comment peut-on être chrétien sans convictions politiques de gauche sauf que de n'être que chrétien sans avoir Foi en Dieu, dans ce cas effectivement ces " chrétiens là " du charbonnier constituent un groupuscule qui place la ... lire la suite

Chretiens de gauche

penelope 18/01/2017 à 20:12

Droite, gauche pourquoi cataloguer les gens ainsi, il y a des jocistes qui n'ont jamais été discriminé de la sorte, ils travaillaient surtout pour manger comme cela se faisait; quant aux associations comme secours catholique et CCFD ils ne pensent ... lire la suite

Paru le 16 novembre 2017

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