14 juillet : Les huit défilés qui ont marqué l'histoire

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Paris, le 14 juillet 1979, place de la Bastille. © BINH, BENNATI / AFP
Paris, le 14 juillet 1979, place de la Bastille.
Paris, le 14 juillet 1979, place de la Bastille. © BINH, BENNATI / AFP

À L'occasion du 14 juillet, Pèlerin a rencontré Rémi Dalisson. L’historien spécialiste des célébrations a distingué huit défilés qui ont marqué les esprits. Petit rappel pour de grandes cérémonies.

À propos de l'article

  • Créé le 13/07/2017
  • Publié par :Estelle Couvercelle
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    13 juillet 2017

14 juillet 1886 : l’heure de gloire du « général revanche »

C'est la sixième année que le défilé sur les Champs-Elysées, à Paris, est un des temps forts de la fête nationale. Le député Benjamin Raspail, plus connu à présent pour la station de métro parisien qui porte son nom, avait porté cette idée de grande célébration dans son projet de loi, présenté en mai 1880. 

Six ans plus tard, plus que les soldats, c'est un homme qui est acclamé par la foule en liesse. Il s'agit du ministre de la Guerre. Il s'appelle Georges Boulanger, mais tout le monde le surnomme « le général revanche ». La perte de l'Alsace et la Lorraine en 1870 au profit de la Prusse est encore gravée dans toutes les mémoires. C’est un véritable traumatisme national. Le général Boulanger est prêt à en découdre et en appelle à une mobilisation générale immédiate. Selon lui, la France est prête à reprendre ses terres perdues. En province, des bataillons d'enfants participent à la revue militaire.

Ambiance avec un air composé en 1886 En r'venant d'la revue, interprétée ici par Jean Péheu, chansonnier, 1872-1947

 

14 juillet 1919 : honneur « aux gueules cassées »

La France a repris l'Alsace et la Lorraine aux Allemands. La nation célèbre « le 14 juillet de la Victoire », quelques jours après la signature du traité de Versailles, le 28 juin. Mais une victoire à quel prix ! 24 % des jeunes Français nés en 1894, et donc âgés de 20 ans en 1914, sont morts au combat. Ce qui reste des armées victorieuses défile à Paris. A la tête du cortège, trois généraux à cheval, qui deviendront maréchaux : Ferdinand Foch, Joseph Joffre et Philippe Pétain. 

L'émotion populaire est à son comble lors de l'apparition, dans le cortège, du bataillon des mutilés, les fameuses « gueules cassées » de la Grande Guerre. Ceux qui défilent ne sont qu'une poignée car on dénombre près de 15 000 soldats français mutilés. Pendant la revue de ce 14 juillet, il paraît que le président du Conseil, Georges Clemenceau, que rien d'habitude n'ébranle, a versé une larme. 

Les troupes alliées sont aussi à l’honneur, « avec en tête leurs chefs les plus prestigieux, le général Pershing et le maréchal Haig. Les Américains, les Belges, précédés du général Gillain, les Anglais, le détachement italien et le général Montuori, les Grecs, les Polonais, les Portugais, les Roumains, les Serbes, les Siamois, les Tchécoslovaques, les Japonais et enfin les Chinois défilent place de l’Opéra »* 

* Source : archives du Service Cinématographique des Armées.

► Le défilé avec des images d'époque. Source : Agence d'images de la Défense.

Épisode 1 ; Épisode 2 ; Épisode 3.

14 juillet 1936 : le Front populaire porté en triomphe

Un mois ne s'est pas encore passé entre le défilé du 14 juillet et la signature des accords Matignon, dans la nuit du 7 au 8 juin 1936, sous la présidence de Léon Blum. Mais au fait, pourquoi ces derniers sont-ils  si marquants ? « Ils portent sur la représentation syndicale et des augmentations de salaires, mais aussi sur l’application par le patronat de lois […] qui visent les contrats collectifs du travail, les congés payés et la semaine de quarante heures », détaille un article dans l’édition de La Croix du 9 juin 1936. Un symbole pour le tout nouveau gouvernement du Front populaire. 

Conséquence : le défilé du 14 juillet porte, lui aussi, l’empreinte de cette réforme sociale. En effet, le grand défilé militaire classique du matin sur les Champs-Elysées est suivi, dans l'après-midi, d'un défilé populaire gigantesque de la place de la Bastille à Nation. Cet événement inaugure trois jours de fête dans Paris pour « le peuple, l'armée, la France » soulignent les journaux de l'époque. Dans la rue, les gens reprennent en choeur L'Internationale et La Marseillaise. Paris est en liesse.

 Le défilé du 14 juillet 1936. Vidéo de l'Ina.

 

14 juillet 1958 : le général de Gaulle et l'Algérie

C'est le grand retour du général de Gaulle. Le héros de la résistance a été élu président de la République. Pour son premier défilé du 14 juillet, le général arrive sen compagnie de son prédécesseur, René Coty. Une sorte de passage de témoin, mais surtout l’occasion de montrer que la France tourne la page. Le général profite du défilé pour faire passer ses messages. En effet, dans le cortège, des bataillons d'anciens combattants algériens battent le pavé des Champs-Elysées. Par leur présence, le général de Gaulle veut signifier que l'Algérie est française et le restera. Pourtant, il paraît que quelques drapeaux pour l'indépendance de l'Algérie seraient apparus au sein du défilé…

► Le 14 juillet 1958. Source : Ina

 

14 juillet 1968 : le temps de la contestation

Le défilé est émaillé d'incidents provoqués par des étudiants et des anti-militaristes. L'extrême gauche remet en cause cette manifestation de force militaire. Certains la vivent comme une provocation, pas seulement sur les Champs-Elysées, mais aussi en province. L'heure est à la contestation. La révolution de mai a bel et bien fait évoluer les mentalités. Le défilé militaire du 14 juillet restera-t-il une cérémonie populaire ?

14 juillet 1989 : célébration du bicentenaire

Un anniversaire à marquer d'une pierre blanche ! Outre le traditionnel défilé militaire sur la plus belle avenue du monde, le 14 juillet fait l'objet d'une parade aux accents baroques. Le spectacle est mis en scène par Jean-Paul Goude. Baptisé « La Marseillaise », ce défilé organisé dans la soirée sur les Champs-Elysées ne fait pas l’unanimité. Certains y voient un « délire planétaire », rapporte le présentateur du JT de l'époque. En tout cas, la manifestation a rassemblé 800 000 personnes. 

A dessein, Jean-Paul Goude a placé, dans son défilé, des artistes chinois. Le pays le plus peuplé du monde subit, en effet, les contrecoups des événements qui se sont déroulés du 15 avril au 5 juin 1989 sur la place Tian'anmen, à Pékin. Les manifestations populaires pour demander la démocratie se sont conclues par une vague de répression. Les chars sont apparus, non pas pour un défilé, mais pour réprimer les manifestants. En France, la démocratie est célébrée en grande pompe. En Chine, elle est réduite au silence.

► Le compte-rendu par le JT de l'époque. Source : Ina.


14 juillet 1994 : des soldats allemands dans le cortège !

Pour la première fois, des unités militaires allemandes de l'Eurocorps participent au défilé. Les chars de la Bundeswehr sont reconnaissables entre tous avec cette croix blanche et noire incrustée sur les véhicules. Une première depuis l'Occupation ! Cette présence n'a laissé personne indifférent, ni causé d'incidents en marge du cortège d’ailleurs. Tout un symbole pour cette cérémonie que François Mitterrand préside pour la 14e et dernière fois. Pour cet événement, il a convié notamment dans la tribune le chancelier allemand HelmutKohl. « L'Europe est en train de naître », aurait glissé ce dernier à l'oreille du président français.

► Le JT du 14 juillet 1994. Source : Ina.

Pour le centenaire de la Grande Guerre, le défilé prend des couleurs bleu horizon. Des soldats français ouvrent le défilé sous l'uniforme des poilus. 76 porte-drapeau des pays qui ont participé à la der des ders sont présents. Ce 14 juillet a pour ambition de symboliser la paix et la réconciliation, mais aussi de rendre hommage à tous les morts de ce conflit. Les pertes humaines de la Première Guerre mondiale s'élèvent à environ 18,6 millions, dont 9,7 millions de militaires et 8,9 de civils. Plus de 1,3 million de soldats français sont morts pour la Patrie.

► L'intégralité du défilé. Source : Ministère des armées.

 

Et pour finir sur une note musicale… 

Une petite note musicale pour espérer un 14 juillet 2017 sous le soleil

► Le 14 juillet de la Compagnie créole

 


Et le cru 2017 du 14 juillet ?

Il célèbre un anniversaire : le centenaire de l’engament des troupes américaines dans la Première Guerre mondiale. Emmanuel Macron a invité Donald Trump à assister au défilé à la tribune d’honneur. La présence des armées américaines au sein du cortège est prévue parmi les troupes à pied mais aussi dans les airs !


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Rémi Dalisson, professeur des universités en histoire contemporaine à l’université de Rouen/ESPE (Ecole supérieure du professorat et de l’éducation), est l’auteur de Célébrer la nation. Les fêtes nationales en France de 1789 à nos jours, Ed. Nouveau monde éditions, 2009, 400 p. ; 24,40 €.

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Paru le 20 juillet 2017

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