Ils marchent en famille jusqu'à Fatima pour faire le deuil de leur petite fille

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© E. de Lagarde
Ils marchent en famille jusqu'à Fatima pour faire le deuil de leur petite fille
© E. de Lagarde

Étienne et Emmanuelle de Lagarde, avec leurs trois filles et un âne, viennent d’effectuer un pèlerinage de cinq mois vers Compostelle et Fatima : 1400 km à pied pour faire le deuil de Maÿlis, leur quatrième enfant, subitement disparue.

À propos de l'article

  • Créé le 11/10/2017
  • Publié par :Gaële de La Brosse
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    11 octobre 2017

Pèlerin. C’est un drame familial qui est à l’origine de votre pèlerinage...

Le 26 août 2016, alors que nous achevions nos vacances d’été, notre petite Maÿlis, âgée de 2 ans et demi, s’est étouffée accidentellement avec un caillou. Stupeur pour Emmanuelle, violence de la scène pour nos aînées Victoire et Pia, culpabilité de l’absence pour Étienne, et choc intra-utérin pour la petite Sophie qui allait naître deux mois plus tard. La brutalité de cet événement nous a fait prendre conscience de la fragilité de l’existence que nous devons vivre ici et maintenant, et non dans l’attente perpétuelle de grands projets.

Comment est né votre projet de pèlerinage ?

Nous avons très vite ressenti le besoin de vivre quelque chose de fort : le quotidien ne pouvait pas reprendre immédiatement. Le déclic s’est produit quand Étienne a su qu’un ami partait à Rome en voyage de noces. Nous avons eu deux certitudes. D’abord il nous fallait partir en famille, à pied et au long cours. Ensuite, le retour étant aussi important que l’aller, nous le ferions aussi à pied. Nous avons alors cherché un sanctuaire que nous pouvions atteindre au départ de chez nous dans le Gers : Compostelle (Espagne), puis Fatima (Portugal) pour célébrer le centenaire des apparitions.

Restait à trouver un mode de transport adapté au chemin, pouvant embarquer les bagages et les enfants. Nous avons envisagé la voiturette électrique, le tracteur-tondeuse et l’âne attelé… Finalement, Jacques Clouteau (pèlerin et éditeur des célèbres guides Miam-Miam Dodo) nous a procuré la solution en nous donnant le prototype de l’Escargoline, à restaurer et à modifier selon nos besoins. Une merveilleuse machine qui était la seule capable de nous mener à bon port.

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Quelles routes avez-vous suivies ?

Pour entamer rapidement notre pèlerinage, nous avons dû démarrer de l’autre côté des Pyrénées. Nous avons donc commencé dans un froid glaçant, à Burgos, en Espagne, le 10 mars 2017,  à peine préparés mais au pied du mur. Nous pensions passer quelques jours sur le chemin de Saint-Jacques pour nous roder, puis obliquer vers Fatima. Finalement, la lourdeur de la logistique familiale nous a incités à profiter des infrastructures du Camino francés jusqu’au bout.

Avec le secours de l’apôtre saint Jacques, nous avons ensuite trouvé l’énergie de poursuivre jusqu’à Fatima en longeant la côte et en dormant essentiellement dans des campings. A partir de ce moment, notre famille a trouvé son rythme, et nous abattions nos 25 kilomètres quotidiens. Le retour a été un véritable bonheur avec la découverte du Portugal intérieur et de l’hospitalité des habitants, que nous aimons qualifier de « gratuite et abondante ». Enfin, nous avons terminé notre pèlerinage par une pause symbolique à l’abbaye bénédictine de Maylis (Landes), 120 km avant notre arrivée, en hommage à notre petite fille disparue et en action de grâce pour ce long voyage. Et nous sommes arrivés chez nous le 28 juillet 2017, après 20 semaines de marche.

Comment avez-vous vécu le dépouillement inhérent à tout pèlerinage ?

Tout d’abord, matériellement. Nous avons quitté nos habitudes et notre confort pour un mètre cube d’affaires. C’était le strict minimum pour un départ en fin d’hiver avec enfants et bébé, car nous avions toute la Meseta (haut-plateau situé au centre de la péninsule Ibérique) espagnole à traverser, avec ses 900 mètres d’altitude et ses nuits glaciales. Mais trois semaines plus tard, nous avons dû nous délester pour soulager notre âne. Deux semaines après, nous avons sectionné notre petite carriole des deux tiers. Enfin, à Saint-Jacques-de-Compostelle, l’arrivée de l’été nous a aidés à nous alléger encore.

 

Sur la route du retour, en arrivant en France, nous nous sommes totalement séparés de notre carriole. Les filles sont montées sur l’âne sellé, et chacun a porté sa tenue de rechange, et sa brosse à dents dans la poche.

Ce pèlerinage nous a fait comprendre que Maÿlis était finalement là où nous souhaitons tous être un jour

Retour, donc, les mains vides ! Mais notre plus grand dépouillement n’a-t-il pas été celui de la perte de notre fille ? Ce pèlerinage nous a aidés à le vivre avec les yeux du cœur et de la foi, source d’une mystérieuse joie qui nous a fait comprendre que Maÿlis était finalement là où nous souhaitons tous être un jour. Le Ciel nous est en quelque sorte devenu un peu plus proche…

Comment le travail de deuil s’est-il effectué ?

Sur le chemin de l’aller, nous avons beaucoup prié et médité en silence sur les événements. Nous avons mis en place des petits jeux pour faire parler les filles sur les souvenirs qu’elles avaient de leur sœur et sur l’accident. Puis nous avons tout confié au Cœur immaculé de Marie en lui demandant explicitement de prendre et de brûler à jamais notre douleur, et de nous laisser repartir du sanctuaire de Fatima apaisés et prêts à nous reconstruire.

 Comment vos filles ont-elles vécu ce pèlerinage ?

Victoire et Pia, âgées de 5 ans et 6 ans pendant le voyage, n’en revenaient pas de la présence et de la disponibilité de leurs parents. A la maison, nous sommes souvent « là » mais indisponibles.

Face à une situation compliquée, la vie ne s’arrête pas

C’est peut-être ce qui a le plus transformées toute notre famille. Encore dans l’insouciance et l’abandon propres à l’enfance, nos filles ont aussi vécu nos aventures impromptues ou cocasses comme un grand jeu. Elles ont aussi appris que, face à une situation compliquée, la vie ne s’arrête pas : à chaque problème une solution. Une leçon pour la vie !

Ce voyage a-t-il suggéré de nouvelles bases pour refonder votre projet familial ?

Nous avons reçu à Fatima un immense cadeau : celui de découvrir les appels du message de Fatima pour la famille. Nous avons été édifiés par la lecture des Mémoires de sœur Lucie, une des voyantes, sur ce sujet. Nous qui tenions à faire le chemin du retour pour « pèleriner vers chez nous » et reconstruire un projet familial, notre modèle était tout trouvé : celui des familles des trois voyants (François, Jacinthe et sœur Lucie), qui sont des « autoroutes » directes vers le Ciel par leur vie simple, authentique et tournée vers Dieu.

Deux mois après votre retour, commencez-vous à récolter les fruits de ce pèlerinage ?

A notre retour, nous avons pleinement rechoisi notre quotidien, accompagnés de la présence intérieure mais tellement concrète de Maÿlis dans nos cœurs. Nous nous nourrissons chaque jour de cette paix profonde reçue à Fatima. Nous faisons des choix exigeants pour mettre Dieu et la famille à la première place avec les moyens très concrets proposés par sœur Lucie qui sont aujourd’hui comme la colonne vertébrale de notre vie de foyer. Et nous en remercions Celui qui continue à guider nos pas !

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Paru le 7 décembre 2017

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